Virtuellement qualifié pendant presque une heure de jeu, l'Olympique Lyonnais a été éliminé par l'AC Milan en deux minutes, les deux dernières, sur un doublé d'Inzaghi et un dernier but de Shevchenko (3-1). Troisième échec consécutif en quart de finale. L'autre club milanais, l'Inter, a été sorti en Espagne par Villarreal (1-0).
« Lyon était supérieur à Milan » (Houllier)
C'est le même cauchemar, des regrets qui s'annoncent encore éternels, même si les acteurs et le cadre ont changé. Comme l'an passé, Lyon a été sorti en quart de finale de la Ligue des champions après avoir été virtuellement qualifié pendant une longue partie du match. L'an passé, contre le PSV Eindhoven, l'affaire avait duré 39 minutes, et le penalty non sifflé sur Nilmar avait entraîné une rancoeur tenace. Cette fois, Lyon a tenu l'AC Milan par le maillot pendant 57 minutes. Il était encore qualifié à deux minutes de la fin de la rencontre, par la vertu du but inscrit à l'extérieur (1-1). Moins de cinq minutes plus tard, M. Hauge avait renvoyé tout le monde au vestiaire, mais les Rhodaniens stationnaient encore sur la pelouse de San Siro, foudroyés par un tableau d'affichage surréaliste : 3-1 pour Milan. Première défaite à l'extérieur depuis plus d'un an. Terrible et sans recours. L'équipe italienne, qui disputera sa troisième demi-finale en quatre saisons, et qui n'a d'ailleurs laissé passé aucune des deux précédentes, a refait le coup de 2003, quand l'Ajax Amsterdam avait été éliminé dans le temps additionnel au même niveau de la compétition pour n'avoir pas conservé son 2-2 (3-2 score final). Au terme d'un double rendez-vous intense et ultra serré, le métier des Milanais a fait la différence, sa qualité individuelle aussi, avec le soupçon de réussite indispensable à ce niveau. « Pourtant, Lyon était supérieur à Milan » a d'emblée commenté Gérard Houllier.
Les regrets, une nouvelle fois, sont multiples. Ils épargnent l'arbitrage. Ils épargnent aussi tout soupçon de manque de maturité tactique, celui qui avait plané l'an passé à Eindhoven lorsque Lyon avait tangué sur son plan de jeu pendant qu'il menait d'un but. Ils s'attachent d'abord à cette réussite qui, dixit Juninho sur Canal+, « est avec Lyon en Championnat mais fuit l'équipe en Ligue des champions. » Cette explication ne résiste cependant pas complètement à l'analyse du match, et surtout de deux des trois buts italiens : celui qui a permis à Inzaghi d'ouvrir le score (25e) et celui qui a achevé Lyon trois minutes après la fin du temps réglementaire. « Je constate qu'ils ont eu lieu à cause d'erreurs » a remarqué Gérard Houllier sur TF1. En cause : deux pertes de ballons, l'une de Fred, l'autre de Clerc. Pour mener ces buts à terme, il avait cependant fallu toute la qualité technique des joueurs milanais, celle de Chevtchenko, auteur d'une frappe croisée tapant deux fois le poteau sur le deuxième but, celle d'Inzaghi, au placement aussi irréprochable que sa tête croisée, celle de Seedorf, passeur impeccable sur l'ouverture du score. Mais au commencement, était l'erreur technique, toujours punissable à ce niveau. Il y a enfin, il y a surtout, le manque de réalisme qui accompagne Lyon depuis quatre matches et sa victoire à Sochaux le 18 mars (4-0). Depuis, l'OL n'a jamais marqué plus d'une fois. Une telle série n'est pas inédite cette saison, mais en octobre, Lyon avait su aussi ne pas encaisser plus d'un but par match. Les opportunités, une nouvelle fois, n'ont pas manqué. « Je regrette que nous n'ayons pas bénéficié des nombreuses occasions que nous nous sommes procurées, a reconnu Gérard Houllier. Nous avons manqué un peu de réalisme. »
Un 4-4-2 dont rien n'avait filtré
Le commentaire s'applique essentiellement aux deux très bonnes périodes que Lyon a connues en première mi-temps, avant l'ouverture du score (de la 17e à la 25e) puis après l'égalisation de Diarra, d'une tête opportuniste au milieu de quatre Milanais à la reprise d'un coup franc fusant de Juninho (31e). Comme leurs homologues, les Lyonnais ont rarement bien ajusté leur dernier geste (Wiltord, Malouda, Fred sur le poteau à la 40e) quand ils ne trouvaient pas Dida sur leur route. Particulièrement fébrile au pied, le gardien brésilien a pourtant confirmé qu'il était prenable. Dans un 4-4-2 surprenant qui n'avait pas filtré avant le match (avec Govou et Fred titularisés), Lyon, le reste du temps, a tenu la comparaison avec plus d'autorité qu'à l'aller, sans complexe apparent, même si Grégory Coupet y est encore allé de quelques gestes de très grande classe, notamment entre la 75e et la 82e minute, Wiltord réalisant par ailleurs un sauvetage in extremis sur la ligne après une tête de Kaladze à un quart d'heure de l'issue. Ces quelques avertissements annonçaient les cinq dernières minutes, les pires de la saison de l'OL, les pires de la carrière de beaucoup de joueurs sur la pelouse, à qui il reste désormais la perspective d'un cinquième titre et d'une possible victoire en Coupe de France pour se contenter de leur saison. Un menu maigre au regard de l'aventure continentale menée par Lyon depuis six mois. Ou plutôt depuis six ans. « Si j'avais à choisir entre le cinquième titre et la qualification pour les demis, reconnaît Juninho, présent depuis 2001, j'aurais peut-être choisi la qualification ». Le cinquième titre sera historique. Mais l'appétit lyonnais allait au-delà de ça.